Paru, vu, lu !

L’Oracle « della Luna »

Ho mes amis ! Lisez le 🙂

Ce livre écrit par Frédéric Lenoir vous emmènera confortablement dans une chevauchée inattendue. Tout le long avec le cœur en paix, vous vous laisserez grandir au son de ces milles échos philosophiques, des milles couleurs de nos civilisations, du parfum intime de ces êtres qui nous emplit.
Je l’ai dévoré sans demi-mesure, à peine trois jours d’immense plaisir qui m’éveilleront à jamais.

Un grand merci à l’auteur.

Résumé :
Qui est Luna, la belle sorcière aux cheveux de feu ? Quelle malédiction frappe le blessé retrouvé dans sa cabane des Abruzzes ? Qui sont les hommes masqués de noir acharnés à sa perte ? Quelles paroles terribles dissimulent ce mystérieux parchemin qui ne doit surtout pas arriver jusqu’aux mains du pape ? Au cour d’un XVIe siècle hanté par les querelles religieuses et philosophiques, le nouveau thriller historique de Frédéric Lenoir nous entraîne des palais aux prisons de Venise, du Mont Athos au bagne des corsaires d’Alger, de Jérusalem au ghetto de Chypre. Un grand roman d’amour et d’aventures où passion, mort, mystique chrétienne et soufie, astrologie et kabbale rythment la quête initiatique de Giovanni, le jeune paysan qui avait osé lever les yeux sur la fille des Doges.

Albert Jacquard : la nécessaire décroissance…

L’humaniste, Albert Jacquard nous quitte à 87 ans.

Publié le 13 septembre 2013 par AlainWM

Le 11 septembre 2013… Le généticien et humaniste français Albert Jacquard est mort à l’âge de 87 ans à Paris. Il a été emporté par une forme de leucémie. L’humanité perd un de ses plus ardents militants…

* * *

Albert Jacquard : la nécessaire décroissance…

 » La croissance de la consommation est en réalité l’équivalent d’une drogue … Cette croissance, lorsqu’elle a lieu au sein des nations les plus développées, rend plus improbable une diminution des inégalités entre les peuples ; l’écart ne peut que s’aggraver… C’est donc, dès maintenant, non pas seulement une “croissance zéro” comme l’avait proposé le Club de Rome, mais une décroissance de la consommation des plus riches qui est nécessaire. Cette perspective n’a rien de sombre, à condition qu’elle soit accompagnée d’un développement des activités qui ne détruisent pas les richesses de la planète, notamment toutes celles générées par les rencontres entre humains.  »
Albert Jacquard (Extrait de son livre : Mon utopie. Éditions stock)

Biographie:
Albert Jacquard, né à Lyon le 23 décembre 1925, est un scientifique et essayiste français. Il est généticien et a été membre du Comité consultatif national d’éthique.

Albert Jacquard consacre l’essentiel de son activité à la diffusion d’un discours humaniste destiné à favoriser l’évolution de la conscience collective.

Il est un des soutiens de l’association Droit au logement. Il est membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence. Il a animé durant 9 ans, de septembre 2001 à juillet 2010, une chronique radiophonique quotidienne sur France Culture.

Il est également connu pour ses engagements citoyens, parmi lesquels la défense du concept de la décroissance soutenable, ou encore le soutien au mouvement du logiciel libre.
Source: Wikipédia – http://fr.wikipedia.org/wiki/Albert_Jacquard

Quelques citations d’Albert Jacquard

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L’oisiveté est, dit-on, la mère de tous les vices, mais l’excès de travail est le père de toutes les soumissions.
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Sans imagination il ne pourrait y avoir création.
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L’important n’est pas que mon discours soit vrai, mais qu’il soit sincère.
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Oublions ces examens qui agissent comme des aimants pernicieux en orientant les efforts vers la « réussite ».
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Exprimer une idée est une activité difficile à laquelle il faut s’exercer ; la télé supprime cet exercice ; nous risquons de devenir un peuple de muets, frustrés de leur parole, et qui se défouleront par la violence.
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Manifester son bonheur est un devoir ; être ouvertement heureux donne aux autres la preuve que le bonheur est possible.
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On peut apprendre à un ordinateur à dire : « Je t’aime », mais on ne peut pas lui apprendre à aimer.
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Il faut prendre conscience de l’apport d’autrui, d’autant plus riche que la différence avec soi-même est plus grande.
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Désormais la solidarité la plus nécessaire est celle de l’ensemble des habitants de la Terre.
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Plus nous sentons le besoin d’agir, plus nous devons nous efforcer à la réflexion. Plus nous sommes tentés par le confort de la méditation, plus nous devons nous lancer dans l’action.
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L’objectif de toute éducation devrait être de projeter chacun dans l’aventure d’une vie à découvrir, à orienter, à construire.
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La liberté n’est pas la possibilité de réaliser tous ses caprices ; elle est la possibilité de participer à la définition des contraintes qui s’imposeront à tous.
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Dieu est innocent de la toute-puissance dont on a voulu l’accabler.
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La vie, ce concept mystérieux, est ramenée à la présence d’ADN. Il n’y a plus de frontière entre matière animée et inanimée. Tout n’est qu’une question de degré de complexité.
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Les autres ne sont pas notre enfer parce qu’ils sont les autres ; ils créent notre enfer lorsqu’ils n’acceptent pas d’entrer en relation avec nous.
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Mon objectif, ce n’est pas de construire la société de demain, c’est de montrer qu’elle ne doit pas ressembler à celle d’aujourd’hui.
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Le véritable remède contre le chômage est qu’il n’y ait plus de travail pour personne, mais pour chacun une place dans la société.
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Est fanatique celui qui est sûr de posséder la vérité. Il est définitivement enfermé dans cette certitude ; il ne peut donc plus participer aux échanges ; il perd l’essentiel de sa personne. Il n’est plus qu’un objet prêt à être manipulé.
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La majorité de ces citations sont extraites de:
Petite philosophie à l’usage des non-philosophes
de Albert Jacquard
Editeur : Le Livre de Poche Parution : 6 Janvier 1999

SOMMAIRE:

« Jamais, sans doute, les incertitudes de chacun devant la société et l’avenir personnel ou collectif n’ont été aussi fortes, les systèmes religieux ou idéologiques aussi fragilisés. Généticien de renom, mais aussi homme d’engagement et de culture, Albert Jacquard s’intéresse ici aux principales questions de la vie. D’Autrui à Sagesse, d’Ethique ou Démographie à Hitler ou Origine, il aborde, en conversation avec Huguette Planès, enseignante de philosophie, trente grands sujets éternels ou actuels. S’appuyant sur les travaux des scientifiques ou sur les doctrines philosophiques de référence, il nous donne des clefs, des questions, des réponses, et, qu’on le lise de A à Z ou au gré de sa curiosité, il incite à poursuivre la réflexion librement, par soi-même, à travers d’autres lectures. »

En vous diminuant, vous, je me diminue, moi

« En vous diminuant, vous, je me diminue, moi »

 

de Desmond Tutu, archevêque anglican sud-africain, prix nobel de la paix 1984

 

 

Dans ma culture, ma tradition, « Yu, u nobuntu » est le plus beau compliment qu’on puisse faire à son prochain. En effet, on admet ainsi qu’il possède la merveilleuse qualité de l’ubuntu. Il s’agit d’une référence à sa conduite envers ses frères humains, à la manière dont il les considère et dont il se voit, lui, dans les relations personnelles, familiales, mais également au sein de la communauté élargie. […]

 

Le concept se définit suivant deux axes distincts. D’après le premier, faire preuve d’ubuntu signifie se montrer amical, hospitalier, généreux, attentif à autrui et compatissant. En d’autres termes, mettre sa force au service de son prochain – du faible, du miséreux, du malade – sans profiter de personne. Le traiter comme on voudrait être traité. Ce qui revient à exprimer le deuxième volet du concept, lequel implique l’ouverture, la magnanimité, le partage. Celui qui reconnaît l’humanité d’autrui : et elle se mêle inextricablement à la sienne.

 

L’ubuntu rend les gens faciles à aborder, accueillants, bienveillants ; les qualités de leur prochain ne leur inspirent aucune jalousie, parce que la conscience d’appartenir à un tout plus vaste sert de fondation au sentiment de leur propre valeur et à leur estime d’eux-mêmes. L’ubuntu revisiterait la proposition de Descartes – « je pense, donc je suis » – en disant : « je suis humain, car j’appartiens. » ou encore : « on est être humain à travers d’autres êtres humains. » Nul ne vient au monde achevé. Nul ne saurait penser, marcher, parler, se conduire s’il ne l’avait appris de ses frères. Chacun a besoin d’eux pour acquérir son humanité. L’être humain solitaire, totalement isolé, est en lui-même une contradiction.

 

Parce que nous avons besoin les uns des autres, nous avons un penchant naturel à l’entraide et à la coopération. Dans le cas contraire, notre espèce se serait éteinte depuis longtemps, consumée par la violence et la haine que nous portons en nous. Il n’en a rien été. Nous avons survécu, malgré le mal et les guerres, qui ont suscité tant de souffrances et de misère au fil des siècles. Nous avons survécu, parce que nous aspirons à l’harmonie et à la communauté, celle des vivants bien sûr, mais unie dans le respect de nos ancêtres. Ils constituent avec la passé un lien qui nous donne un sentiment de continuité – l’impression que nous avons créées, que nous créons, des sociétés visant au plus grand bien, que nous essayons et parvenons à surmonter ce qui pervertit notre but. Nos guerres s’achèvent : nous espérons la guérison. […]

 

Nous ne pouvons être humains qu’ensemble. Nous ne pouvons être libres qu’ensemble.

 

« En vous diminuant, vous, je me diminue, moi »

de Desmond Tutu, archevêque anglican sud-africain, prix nobel de la paix 1984

Dans ma culture, ma tradition, « Yu, u nobuntu » est le plus beau compliment qu’on puisse faire à

son prochain. En effet, on admet ainsi qu’il possède la merveilleuse qualité de l’ubuntu. Il s’agit d’une

référence à sa conduite envers ses frères humains, à la manière dont il les considère et dont il se voit,

lui, dans les relations personnelles, familiales, mais également au sein de la communauté élargie. […]

Le concept se définit suivant deux axes distincts. D’après le premier, faire preuve d’ubuntu signifie se

montrer amical, hospitalier, généreux, attentif à autrui et compatissant. En d’autres termes, mettre

sa force au service de son prochain – du faible, du miséreux, du malade – sans profiter de personne.

Le traiter comme on voudrait être traité. Ce qui revient à exprimer le deuxième volet du concept,

lequel implique l’ouverture, la magnanimité, le partage. Celui qui reconnaît l’humanité d’autrui : et

elle se mêle inextricablement à la sienne.

L’ubuntu rend les gens faciles à aborder, accueillants, bienveillants ; les qualités de leur prochain

ne leur inspirent aucune jalousie, parce que la conscience d’appartenir à un tout plus vaste sert de

fondation au sentiment de leur propre valeur et à leur estime d’eux-mêmes. L’ubuntu revisiterait la

proposition de Descartes – « je pense, donc je suis » – en disant : « je suis humain, car j’appartiens. »

ou encore : « on est être humain à travers d’autres êtres humains. » Nul ne vient au monde achevé.

Nul ne saurait penser, marcher, parler, se conduire s’il ne l’avait appris de ses frères. Chacun a besoin

d’eux pour acquérir son humanité. L’être humain solitaire, totalement isolé, est en lui-même une

contradiction.

Parce que nous avons besoin les uns des autres, nous avons un penchant naturel à l’entraide et à la

coopération. Dans le cas contraire, notre espèce se serait éteinte depuis longtemps, consumée par la

violence et la haine que nous portons en nous. Il n’en a rien été. Nous avons survécu, malgré le mal

et les guerres, qui ont suscité tant de souffrances et de misère au fil des siècles. Nous avons survécu,

parce que nous aspirons à l’harmonie et à la communauté, celle des vivants bien sûr, mais unie

dans le respect de nos ancêtres. Ils constituent avec la passé un lien qui nous donne un sentiment

de continuité – l’impression que nous avons créées, que nous créons, des sociétés visant au plus

grand bien, que nous essayons et parvenons à surmonter ce qui pervertit notre but. Nos guerres

s’achèvent : nous espérons la guérison. […]

Nous ne pouvons être humains qu’ensemble. Nous ne pouvons être libres qu’ensemble.

D’où vient la guérison

D’OÙ VIENT LA GUÉRISON?

Par Jean-Jacques Dubois Ph.D.,
Thérapeute, conférencier, auteur
Montréal, Qc., Canada.
Voir ma page Psycho-Ressources
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D’OÙ VIENT LA GUÉRISON ?

Un champ électromagnétique équilibré crée un terrain favorable au déclenchement des processus d’auto-guérison

Les causes profondes de nos maladies sont l’émergence et la concentration de nos souffrances refoulées dans une région du corps ou dans un organe (maladie physique) ou dans des comportements inadaptés (maladie psychique); nos souffrances sont souvent (sinon toujours) en synergie avec (dynamisées par) les souffrances d’un autre ou d’autres. Des recherches récentes en biomédecine autorisent à penser que ces souffrances en se concentrant sont ni plus ni moins des champs électromagnétiques déséquilibrés indissociables d’inflammations, de déficiences du système immunitaire et de comportements inadaptés. Ces souffrances ou champs électromagnétiques déséquilibrés étant confusément perçus par l’homme archaïque ou religieux, on les a nommés « esprits maléfiques». Ceux-ci délogeaient les esprits bénéfiques (perte de l’âme) de la personne qui tombait alors malade. Autrement dit, un champ électromagnétique déséquilibré chasse un champ électromagnétique équilibré, et, ce faisant, crée un terrain propice à la maladie.

La guérison va donc inverser cette dynamique. Un champ électromagnétique équilibré (esprits bénéfiques) devra chasser et remplacer le champ déséquilibré (esprits maléfiques) pour ainsi créer un terrain propice au déclenchement des processus de guérison. Lors d’un exercice de guérison par imposition des mains ou d’un exorcisme, deux formes de transfert d’énergie, il se dégage sous les mains du guérisseur ou de l’exorciste une chaleur d’une intensité étonnante. La chaleur, dit le physicien, c’est de l’énergie dégradée, c’est-à-dire de l’électromagnétisme déséquilibré. Cette chaleur, contrairement à ce que pensent les guérisseurs énergétiques et les exorcistes, ne provient pas d’eux-mêmes ou de Dieu (Énergie) dont ils ne sont, à leurs dires, que les canaux, mais provient des patients. En effet, lors du transfert d’énergie, l’énergie du guérisseur ou de l’exorciste expulse l’énergie dégradée (chaleur = inflammation) de la région malade du corps (imposition des mains), ou de l’ensemble du corps (exorcisme). En chassant le champ magnétique déséquilibré, on chasse forcément l’inflammation locale (imposition des mains) ou globale (exorcisme), inflammation indissociable de l’électromagnétisme déséquilibré (énergie dégradée).

La guérison est parfois très rapide et spectaculaire. Mais si la maladie est profondément et depuis longtemps ancrée dans le corps et l’âme de la personne, la guérison peut parfois prendre plusieurs mois. Dans les deux cas, on chasse un déséquilibre par un équilibre.

Horreurs des médecines énergétiques qui tuent en prétendant guérir

Mais le chasse-t-on vraiment ce déséquilibre ? Il est très rare que les médecines énergétiques (acupuncture, reiki, prière, néo-chamanisme, imposition des mains, etc.) chassent ces mauvaises énergies. Cependant, elles réussissent souvent là où la biomédecine et la psychologie officielle ont échoué. En réalité, ces médecines énergétiques n’ont pas expulsé mais refoulé et redilué dans l’inconscient (l’ensemble du corps) ces souffrances qui pouvaient au moins, auparavant, évacuer leur trop-plein par la maladie. Ces souffrances ont donc été retournées là d’où elles venaient; et la personne se retrouve, pour un temps, en santé. Le guérisseur a colmaté la brèche; il a bouché la soupape de sécurité du « presto ». C’est ainsi que souvent, en guérissant, on tue, sinon on rend bien plus malade encore.

Un acupuncteur de Hull, en guérissant une personne de son angoisse, lui a déclenché un cancer mortel. Des religieuses catholiques guérissent par leurs prières un riche résident de Gatineau, moyennant l’héritage de sa fortune ; trois mois plus tard, il meurt. Un groupe charismatique de Montréal se met en prière pour guérir la phlébite d’une amie qui, aussitôt, est guérie ; la « grâce de Dieu » lui a été presque fatale. En effet, Dieu l’a guérie de sa phlébite en dilatant la veine de la jambe qui retenait un caillot qui s’est ensuite logé dans la veine pulmonaire et qui a provoqué une embolie. Etc. Les erreurs deviennent souvent des horreurs surtout quand on s’en remet à Dieu, sous prétexte qu’il ne peut vouloir que le bien de celui qui le prie. Dieu (ou Énergie, ou Univers) ignore bien des choses et son ignorance en fait un incompétent, tout au moins dans le domaine de la guérison.

La véritable guérison commence par l’exorcisme des esprits maléfiques (libération des souffrances refoulées)

Le guérisseur doit donc savoir ce qu’il fait. Et pour ce, il doit bien connaître le corps et l’âme de l’être humain et bien comprendre les problématiques de ses patients. Telle est la condition minimale pour éviter l’horreur.

En outre, le guérisseur ne peut s’en tenir qu’au seul transfert d’énergie (par imposition des mains ou à distance). Il doit exorciser les esprits qui se matérialisent dans la maladie. Autrement dit, avec son patient, il doit identifier la provenance, chez ce patient (auto-ensorcellement) et dans son environnement (ensorcellement et possession), de la souffrance qui s’exprime enfin par la maladie. Dès lors la maladie devient créatrice ou prometteuse d’une nouvelle création de soi. Il est essentiel de bien comprendre la problématique du patient pour, non pas refouler et rediluer à nouveau la souffrance qui s’exprime dans la maladie, mais pour libérer le patient de cette souffrance et ainsi éliminer la cause de la maladie. Il s’agit donc de conscientiser sa souffrance plutôt que de la somatiser dans la maladie ou le comportement inadapté.

La véritable guérison se poursuit par l’adorcisme (rappel de l’âme, ou de l’identité perdue)

Dans les cas d’ensorcellement, il faut d’abord procéder à un exorcisme suivi d’un adorcisme. Exorcisme des esprits maléfiques venant de l’extérieur qui ont pris la place de l’âme de la personne et adorcisme ou rappel de l’âme perdue. Il s’agit de « nettoyer » le patient des mauvaises énergies venant des autres. Les Indiens du Mexique appellent cette étape « limpia de las malas influencias » (nettoyage des mauvaises influences). La « limpia » est suivie de la « llamada del alma » (l’appel de l’âme). L’exorcisme doit être complété par l’adorcisme. Dans tous les cas d’ensorcellement, il faut exécuter l’exorcisme-adorcisme le plus rapidement possible. Mais il faut prendre le temps de bien identifier la provenance de la mauvaise influence, sinon l’exorcisme rate sa cible et l’adorcisme est alors impossible.

L’individuation : guérison de la fragilité (propension) à l’ensorcellement-possession

Une fois cette étape réalisée, une fois que le patient a repris possession de ses moyens (âme), l’étape suivante ne doit pas tarder. Il s’agit d’un exorcisme-adorcisme beaucoup plus fondamental qui consiste à éliminer l’auto-ensorcellement, c’est-à-dire toutes les mauvaises influences intérieures accumulées et refoulées depuis la naissance et même avant et qui se sont substituées à l’identité même de l’individu. C’est le seul moyen que je connaisse pour réparer la fragilité à l’ensorcellement-possession. Ici, la démarche peut s’apparenter à une psychothérapie en profondeur (psychanalyse) dont le souci essentiel est de mettre au jour les souffrances refoulées qui se confondent avec celles qu’on a héritées de ses parents qui, eux, avaient hérité celles de leurs parents… Ces blessures de l’âme sont autant de brèches qui laissent pénétrer les mauvaises influences. Mais se guérir de ces blessures, c’est en même temps se désensorceler de ses parents et ancêtres, c’est obéir au désir du Christ de se séparer de son père et de sa mère (« Je ne suis pas venu sur terre pour apporter la paix, mais le glaive. Je suis venu séparer le fils du père, la fille de la mère » – Jésus-Christ).

Autonomie (identité) d’abord, liberté (altérité) ensuite

Il faut que le père meure pour le que le fils vive. Il faut que la mère meure pour que la fille vive. C’est ce processus de parricide qui fait émerger et évacuer nos souffrances et qui est en même temps un processus d’individuation. Et s’individuer consiste d’abord en la quête de son autonomie, c’est-à-dire en l’identification de ses frontières, ses limites, son identité, identification à soi qui n’est possible qu’en se débarrassant des mauvaises influences ou désidentification de son père, de sa mère et de la société qui les prolongent. S’individuer consiste ensuite à étendre ses frontières, à s’ouvrir à l’autre, à communier à l’altérité, bref à actualiser sa liberté. Mais il faut d’abord acquérir son autonomie, son identité pour actualiser sa liberté, pour accéder à l’altérité. Le repliement sur soi fait système avec le dépliement de soi.

Santé : équilibre symbolique, ou électromagnétique

Ces deux étapes thérapeutiques, l’extérieure et l’intérieure, mettent en jeu une lutte énergétique : l’équilibre contre le déséquilibre. La guérison correspond à l’équilibre électromagnétique qui correspond, au plan psychologique, à l’équilibre symbolique. En contrepartie, lorsqu’il y a maladie, il y a déséquilibre symbolique.

Je m’explique. L’équilibre symbolique consiste en notre capacité d’intégrer (faire la synthèse), dans notre conscience, dans notre sensibilité, les deux pôles opposés (+ et – comme en électromagnétisme) qui deviennent dès lors complémentaires et harmonisés : pensée positive/ pensée négative, altruisme/égoïsme, audace/peur, jouissance/souffrance, animus (yang)/ anima (yin), raison/passion, fermeté/détente, etc. Le refoulement de la souffrance entraîne toujours le refoulement de l’un ou l’autre de ces deux pôles, ordinairement celui qui est identifié à la situation souffrante refoulée. Dès que l’un des deux pôles est refoulé, s’installe le déséquilibre symbolique qui se traduit par un déséquilibre électromagnétique, lequel crée le terrain propice à la maladie.

Maladie : déséquilibre symbolique, ou électromagnétique

Plus la maladie progresse, plus le déséquilibre symbolique s’accentue, c’est-à-dire plus on cherche à refouler cette souffrance qui s’impose au rythme de la maladie, plus le moral doit être fort. À la négativité corporelle on oppose la positivité spirituelle. Plus la pensée positive s’affermit plus la maladie négative doit rétablir l’équilibre psychique perdu. Et si on a parfois l’impression que la pensée farouchement positive a eu raison de la maladie, c’est qu’on a réussi à refouler efficacement une souffrance en la rediluant dans l’inconscient (l’ensemble du corps). Le prochain et inéluctable épisode de maladie n’en sera que plus dévastateur.

La véritable guérison va donc consister en la construction d’un véritable équilibre symbolique indissociable d’un véritable équilibre énergétique. Et cet équilibre symbolique ne s’acquiert qu’en se désensorcelant, se dépossédant de ses parents et ancêtres, qu’en se désidentifiant des autres pour s’identifier à soi-même. L’individuation se vérifie par l’acquisition de l’équilibre symbolique qui ne laisse plus ou peu de place au refoulement.

L’équilibre symbolique n’est pas statique, il est dynamique ; il oscille rapidement d’un pôle à l’autre

Attention ! L’équilibre symbolique n’est pas l’immobilité tao de l’acupuncture. Il n’est pas statique ; il est dynamique. Il consiste en une oscillation constante entre le + et le – entre la souffrance et la jouissance, entre la mort et la résurrection. L’équilibre est plutôt le passage de plus en plus rapide d’une fois à l’autre qui fait que la maladie a de moins en moins le temps de s’installer. Aussitôt apparue, elle disparaît, puisque le pôle souffrant et négatif qu’elle manifestait surgit aussitôt à la conscience et épargne le corps de la souffrance.

L’équilibre statique est un pseudo-équilibre, une illusion d’équilibre campé, cristallisé dans un déséquilibre inconscient. Il est le total repliement sur soi, il est autistique, il est l’incommunicabilité à soi et à autrui, il est la mort. L’équilibre dynamique est le contraire. S’il est fermé parfois, c’est pour mieux s’ouvrir à soi et à l’autre, à sa propre souffrance et à la souffrance de l’autre qui ne l’effraie plus, parce qu’il sait que la sienne et celle de l’autre débouchent forcément sur la jouissance. Telle est la seule voie pour s’affranchir de la loi qui interdit la jouissance.

Thérapie : la compassion

L’équilibre dynamique est le seul capable d’accueillir la souffrance et, par le fait même, de l’évacuer. Il autorise la compassion qui n’est pas un vague sentiment de souffrir la souffrance de l’autre, mais la conscience de la souffrance de l’autre. Être conscient de la souffrance de l’autre implique que l’on sait d’où elle vient et où elle va. D’où elle vient : auto-ensorcellement ou refoulement et ensorcellement-possession. Où elle va : vers la guérison et la jouissance, momentum de l’équilibre dynamique.

D’où vient la guérison ? De la compassion, de la compassion à soi pour se guérir et jouir, de la compassion à l’autre pour l’aider à se guérir et à jouir. Sans cette compassion à soi et à l’autre, la guérison véritable est impossible. En effet, seul cette compassion peut donner du sens à la souffrance qui dès lors peut être accueillie et évacuer.

***

 

Ce texte provient de Psychologie et chamanisme au 21e siècle, Louise Courteau éditrice, 1999.

Jean-Jacques Dubois Ph.D.
Thérapeute, conférencier, auteur,
Codirecteur de l’ermitage Clair-Obscur.
Voir ma page Psycho-Ressources

 

 

Ivan Sanderson et les vortex diaboliques

Ivan Sanderson et les vortex diaboliques


Ivan Sanderson
Merci à Richard Grogonis

Ivan Sanderson (1911 – 1973) était biologiste aux États-Unis, mais en plus il s’intéressait à l’étude des phénomènes étranges, tels que l’abominable homme des neiges et a créé laSociety for the Investigation of the Unexplained. Il a également apporté une contribution à l’étude de la grille planétaire dans un article publié en 1972 dans Saga magazine: Les 12 vignes du diable autour du monde.

Il y rapporte les résultats de ses investigations sur les zones d’anomalies terrestres: anomalies magnétiques, aberrations énergétiques, distorsions du temps, disparitions de bateaux et d’avions et autres phénomènes étranges. Pour amasser les données et en faire l’analyse statistique, il tire profit des méthodes modernes électroniques de collecte.

Il met en évidence 12 zones d’anomalie. Le plus étonnant est qu’elles sont équidistantes et disposées de façon régulière autour du globe. Deux d’entre elles sont les pôles et les 10 autres zones sont réparties de part et d’autre de l’équateur.

Les 12 vortex de la grille de Sanderson

Les 12 vortex de Sanderson D’après bibliotecapleyades

J’en cite 3 assez bien connues:

La zone qui arrive en premier dans le classement de ces statistiques est la région connue comme le triangle des Bermudes, à l’est de Miami (Bahamas). Elle a une réputation diabolique à cause des disparitions d’avions et de bateaux et des perturbations météorologiques. Le magnétisme y prend un caractère exceptionnel: le nord magnétique est identique au nord géographique; les pannes de boussoles, radios et panneaux de contrôle sont multiples. C’est le point 18 de la grille de Becker-Hagens (26° 36′ N 76° 48′ W), grille avec laquelle nous ferons connaissance plus loin.

La Mer du diable, à l’est du Japon (point 14 de la grille B-H, 26° 34′ N 139° 12′ E), située entre les îles Iwo Jima et Marcus, constitue une deuxième zone remarquable de distorsions, où des avions et navires ont été portés disparus. Des événements sinistres y ont régulièrement lieu au point que le gouvernement japonais l’a officiellement classée comme zone dangereuse.

Une autre est localisée près de Hawaï (point 16 de la grille B-H, 26° 34′ N 148° 48′ W), une zone d’activité volcanique intense. Sanderson rapporte le récit d’un pilote dont les instruments de guidance et de communication ne fonctionnaient plus dans cette zone, et se sont remis à fonctionner une fois sortis de la zone, une panne sur une étendue de 560 km, donc pendant au moins une demi-heure peut-être une heure. Mais la tour de contrôle n’a enregistré aucune interruption, comme si la traversée avait duré une seconde. C’est une zone de distorsion du temps.

Lien de la source

Le ventre, notre deuxième cerveau

Cette vidéo est extrêmement bien faite pour comprendre facilement l’enjeu de bien respecter notre deuxième cerveau 😉

C’est un étrange voyage au cœur de nos entrailles que propose Cécile Denjean dans ce documentaire parfois complexe mais passionnant. Notre ventre abrite plus de 200 millions de neurones connectés qui transmettent des ordres. Ce « cerveau du bas », qui règne sur une impressionnante colonie de bactéries, décide-t-il de nos humeurs ?

« Les scientifiques se sont aperçus qu’il existait quantité de neurones dans notre ventre, à peu près autant que dans le cortex d’un chat ou d’un chien. Ils s’occupent, entre autres, de notre digestion. S’il n’avait disposé que d’un seul cerveau, celui “du haut”, l’être humain aurait été absorbé en permanence par ce processus très complexe et n’aurait pas pu développer d’autres activités intellectuelles. Le fait d’avoir deux cerveaux a joué un rôle majeur dans notre évolution », souligne Cécile Denjean, l’auteur du documentaire.

LE VENTRE PARTICIPE À LA GESTION DE NOS ÉMOTIONS

Outre des images de synthèse impressionnantes et des animations réussies, les explications délivrées par une quinzaine d’intervenants de haut niveau, travaillant souvent dans des universités ou des services hospitaliers de pointe en France, aux Etats-Unis, en Allemagne, en Chine, en Belgique ou au Canada, permettent de mieux comprendre l’impact de notre ventre sur nos comportements.
Des chercheurs ont, par exemple, découvert que notre cerveau entérique – celui du ventre – produisait 95 % de la sérotonine, un neurotransmetteur qui participe à la gestion de nos émotions. Si la psychanalyse gastrique cherche encore son fondateur, l’acupuncture abdominale, pratiquée depuis une quarantaine d’années en Chine, soigne de nombreuses pathologies dont la maladie de Parkinson, celle d’Alzheimer et la dépression.

L’INCROYABLE COMPLEXITÉ DE NOS VENTRES

« On s’est aperçu que la maladie de Parkinson, qui s’attaque aux neurones du cerveau, s’en prend aussi à ceux du ventre. Cette maladie neurodégénérative démarre longtemps avant que les premiers troubles moteurs n’apparaissent. Or, quand les tremblements surviennent, il est trop tard puisque 70 % des neurones sont déjà détruits. Si on arrivait à diagnostiquer Parkinson dix à vingt ans plus tôt par une simple biopsie intestinale de routine, cela pourrait permettre d’anticiper sur la destruction de neurones », estime Cécile Denjean. Au CHU de Nantes, des médecins confirment qu’une simple biopsie intestinale peut diagnostiquer la maladie de Parkinson.

De l’université Columbia de New York au CHU de Grenoble en passant par le Collège de France, l’université Mac Master d’Hamilton au Canada, l’Inserm de Nantes ou l’université technique de Munich, les propos tenus par les intervenants permettent de mieux comprendre l’incroyable complexité de ce qui se passe dans nos ventres. On sait désormais qu’une conversation secrète existe entre les deux cerveaux. Elle ouvre d’immenses espoirs thérapeutiques.

Vidéo ARTE

L’Homme habite en poête

Voici une copie du lien :
Je vous souhaite une bonne lecture 🙂

Habiter la terre, la maison, l’appartement. Une lecture de Heidegger et Bachelard

Aujourd’hui, dans le cadre du projet de logement social et durable de mes étudiants de DSAA Architecture intérieure, en partenariat avec l’école Boulle, l’école nationale supérieure d’architecture de Versailles (ENSAV) et EDF R&D, j’ai donné une conférence à Versailles intitulée « Habiter la terre, la maison, l’appartement ». Plus qu’un apport théorique personnel et original, il s’agit d’une lecture de Heidegger sur le sens de « habiter » et « bâtir », enrichie de réflexions psychologiques sur les usages et l’imaginaire de la maison à partir de Bachelard.

Il est assez rare de trouver chez les philosophes des considérations sur « l’habitat » ou « l’habiter », tant ce sujet de préoccupation pratique est peu conforme à leur pulsion spéculative. Le 5 août 1951, pourtant, dans le cadre d’un colloque sur « L’Homme et l’Espace », Martin Heidegger prononce une conférence intitulée « Bâtir, habiter, penser ». Quelques mois plus tard, le 6 octobre de la même année, il en prononce une autre qui lui fait directement écho et dont le titre, tiré d’un poème de Hölderlin, laisse songeur : « … L’homme habite en poète… » (1). Qu’est-ce qu’un philosophe comme Heidegger, dont l’oeuvre est consacrée à la question du sens de l’être et du dépassement de la métaphysique, peut bien nous apprendre sur l’habitat, l’habitation, l’habiter ? C’est précisément ce que l’on va chercher à comprendre, grâce à une lecture croisée de ces deux textes au cours de laquelle nous suivrons pas à pas les mots de Heidegger.

Le propos de Heidegger n’est pas de « découvrir des idées de constructions, encore moins de prescrire des règles à la construction » (p. 170). Ne nous attendons donc pas à prélever dans ces textes des directives architecturales. En effet, il s’agit de réfléchir au « bâtir » non pas « du point de vue de l’architecture et de la technique » mais du point de vue de « tout ce qui est », c’est-à-dire du point de vue ontologique, ce qui devrait être singulièrement édifiant, si je puis dire, pour de futurs architectes et concepteurs d’espaces. La question posée est donc la suivante :

« Qu’est-ce que l’habitation ? » (p. 170).

Mais il ne faut pas entendre par là la forme architecturale habitée, le local habité, bref le logement. « Habitation » signifie ici action et façon d’habiter, ou condition habitante. Ce qui revient à demander : « Qu’est-ce qu’habiter ? »

Habiter et loger

La première idée importante à relever, c’est que l’habitation n’a rien à voir avec le logement. Entendez : le fait d’habiter n’a rien à voir avec le fait d’être logé. Occuper un logis, ce n’est pas habiter :

« Les bâtiments donnent une demeure à l’homme. Il les habite et pourtant il n’y habite pas, si habiter veut dire seulement que nous occupons un logis. À vrai dire, dans la crise présente du logement, il est déjà rassurant et réjouissant d’en occuper un ; des bâtiments à usage d’habitation fournissent sans doute des logements, aujourd’hui les demeures peuvent même être bien comprises, faciliter la vie pratique, être d’un prix accessible, ouvertes à l’air, à la lumière et au soleil : mais ont-elles en elles-mêmes de quoi nous garantir qu’une habitation a lieu ? » (p. 171).

Habiter ne veut pas dire « avoir un logement » (p. 226). Un logement, à proprement parler, ce n’est rien d’autre qu’un local, c’est-à-dire une boîte dans laquelle on peut insérer des objets et des corps. Ainsi, en langue française, on peut dire « loger une balle dans la tête » pour signifier précisément l’acte de faire entrer ou pénétrer à l’intérieur. Par où l’on voit que le terme « loger » signifie uniquement contenir. En ce sens, il n’est pas faux de dire qu’un appartement est un logement puisque c’est une boîte, aussi décomposée soit-elle, capable de contenir un ou plusieurs corps humains. Mais, de ce point de vue, un cercueil est lui aussi un logement.

Habiter et être

Cependant, pour Heidegger, si on ne peut se satisfaire de cette « représentation courante de l’habitation » comme « possession d’un logement » (p. 226), c’est parce qu’elle présuppose que le fait d’habiter, l’habitation, est un comportement de l’homme parmi d’autres comportements :

« D’ordinaire, quand il est question d’habiter, nous nous représentons un comportement que l’homme adopte à côté de beaucoup d’autres. Nous travaillons ici et nous habitons là. Nous n’habitons pas seulement, ce serait presque de l’oisiveté, nous sommes engagés dans une profession, nous faisons des affaires, nous voyageons et, une fois en route, nous habitons tantôt ici, tantôt là. » (p. 173). « Nous travaillons à la ville, mais habitons en banlieue. Nous sommes en voyage et habitons tantôt ici, tantôt là. » (p. 226).

Or, l’habitation ce n’est pas un comportement qu’on peut prélever au sein d’une série de comportements possibles qui seraient égaux entre eux. Sur ce point, délibérément ou non 2, Heidegger est en rupture radicale avec les théories fonctionnalistes du mouvement moderne, et en particulier avec la théorie des quatre fonctions urbaines proposée par Le Corbusier quelques années plus tôt, en 1943, dans La Charte d’Athènes :

« Les clefs de l’urbanisme sont dans les quatre fonctions : habiter, travailler, se recréer (dans les heures libres), circuler. »

Pour Heidegger, un tel principe est une négation pure et simple de l’essence même de « l’habitation ». L’habitation n’est pas un comportement que l’on cumule avec d’autres comportements qui seraient sur le même plan ou à l’intérieur d’une même série, fût-ce celle de la « ville fonctionnelle » corbuséenne. L’habitation, ce n’est pas un comportement parmi d’autres mais c’est ce qui préside à tout comportement possible, c’est le socle fondateur de tous les comportements. Parce qu’habiter, ce n’est pas une fonction, c’est une condition. C’est même « le trait fondamental de la condition humaine » (p. 226). En quel sens ? Au sens où l’habitation, l’habiter, ce n’est rien d’autre que la manière d’être au monde de l’homme. Habiter, c’est être homme. L’homme est, dans son être même, un habitant.

« La façon dont tu es et dont je suis, la manière dont nous autres hommes sommes sur terre est le buan, l’habitation. Être homme veut dire : être sur terre comme mortel, c’est-à-dire : habiter. […] L’homme est pour autant qu’il habite. » (p. 173). « Habiter est la manière dont les mortels sont sur terre » (p. 175). « Habiter désigne déjà le séjour de l’homme sur la terre, sur “cette” terre, à laquelle tout mortel se sait confié et livré » (p. 230).

Mais c’est seulement là le premier aspect. En effet, pour Heidegger, habiter, ce n’est pas uniquement être sur la terre ou séjourner sur la terre ; c’est plus encore ménager le faire d’être sur la terre, ou ménager le séjour terrestre, c’est-à-dire l’épargner et en prendre soin. « Le trait fondamental de l’habitation est [le] ménagement » (p. 176). « Il a lieu quand nous laissons dès le début quelque chose dans son être, quand nous ramenons quelque chose à son être et l’y mettons en sûreté, quand nous l’entourons d’une protection » (p. 175). Ainsi : « Habiter, être mis en sûreté, veut dire : rester enclos dans ce qui nous est parent, c’est-à-dire dans ce qui est libre et qui ménage toute chose dans son être » (p. 176).

En ce sens, l’habitation, c’est le « séjour sur terre des mortels » (p. 176) en tant que séjour qui ménage l’homme dans son être, qui met l’être de l’homme en sûreté, en lui permettant de rester inscrit (« enclos ») sur la terre dont il est l’enfant (« ce qui nous est parent »). Il y a peut-être, dans ce propos de Heidegger, une position pré-écologique consistant à soutenir que l’habitation, c’est le fait d’être sur la terre en protégeant le fait d’être sur la terre.

« L’homme habite la terre et, en habitant, laisse la terre être comme terre » (p. 242)

Un peu plus loin, il précise ce qu’il entend par là. Exister ou habiter la terre veut dire tout à la fois, dans une même unité et simplicité originelles, quatre choses : être sur la terre, vivre sous le ciel, demeurer devant les divins et appartenir à la communauté des hommes. C’est ce qu’il appelle « Les Quatre » ou le « Quadriparti ». Dès lors, habiter c’est être dans le Quadriparti (être sur terre, être sous le ciel, demeurer devant les divins, appartenir à la communauté des hommes) et l’habitation c’est le ménagement du Quadriparti, c’est-à-dire le fait de ménager les quatre éléments du Quadriparti, à savoir :

sauver la terre : non pas seulement l’arracher à un danger, mais la libérer, la laisser revenir à son être propre, et non en tirer profit pour l’épuiser ; « Sauver la terre est plus qu’en tirer profit, à plus forte raison que l’épuiser. Qui sauve la terre ne s’en rend pas maître, il ne fait pas d’elle sa sujette »
accueillir le ciel : laisser les rythmes célestes et naturels accomplir leur oeuvre et ne pas les modifier ; « Au soleil et à la lune ils laissent leurs cours, aux astres leur route, aux saisons de l’année leurs bénédictions et leurs rigueurs, ils ne font pas de la nuit le jour ni du jour une course sans répit »
attendre les divins : espérer qu’un divin donne un sens à l’existence et en même temps constater l’absence de sens donné ; être homme, c’est prendre parti sur la question du rapport au divin, soit en méconnaissant le divin soit en l’appelant. « Ils attendent les signes de leur arrivée et ne méconnaissent pas
aller vers la mort : non pas faire de la mort un but ni même assombrir l’existence par l’effet d’un regard aveuglément fixé sur la fin, mais simplement accomplir son destin d’être mortel en appartenant à la communauté des hommes : « Les mortels habitent alors qu’ils conduisent leur être propre – pouvoir la mort comme mort »
Ainsi, l’habitation, c’est le fait de se maintenir dans l’unité originelle des quatre composantes de l’existence :

« Dans la libération de la terre, dans l’accueil du ciel, dans l’attente des divins, dans la conduite des mortels, l’habitation se révèle comme ménagement quadruple du Quadriparti »

Habiter, c’est ménager le Quadriparti. Habiter, c’est être mortel entre le ciel et la terre, et ménager le fait d’être mortel entre le ciel et la terre. Cela va donc bien au-delà de la simple question du logement et de la seule construction de bâtiments. Habiter, c’est fondamentalement beaucoup plus large et essentiel que simplement loger. L’archéologie et l’anthropologie donnent d’ailleurs en grande partie raison à Heidegger : les hommes ont habité la terre bien avant qu’ils ne construisent des maisons ou des « habitats ». Ainsi les chasseurs-cueilleurs du Paléolithique, pendant des milliers d’année, habitaient la terre mais n’avaient pas de maison ou logement. Leur habitat privilégié, mais non exclusif, était les grottes. Celles-ci ont commencé à être délaissées au profit d’installations en plein air seulement avec le Néolithique, il y a 10 000 ans. C’étaient d’abord des maisons rondes, creusées dans le sol, avant de devenir des constructions avec de vrais murs en pierre, bâties sur le sol, et bientôt rectangulaires. Le logement n’est donc qu’une forme contingente et historiquement tardive de l’habitation comme mode d’existence fondamental de l’homme sur la terre.

Habiter et bâtir

La question est maintenant de savoir comment les hommes font pour ménager leur séjour sur terre. « Comment les mortels accomplissent-ils l’habitation au sens d’un tel ménagement ? » (p. 179), demande Heidegger. Réponse : en intervenant sur les choses car « habiter, c’est toujours séjourner déjà parmi les choses » (p. 179). C’est-à-dire : en bâtissant.

« De cette manière, que les mortels protègent et soignent les choses qui croissent et qu’ils édifient spécialement celles qui ne croissent pas. Soigner et construire, tel est le “bâtir” (bauen) au sens étroit. L’habitation, pour autant qu’elle préserve le Quadriparti en le faisant entrer dans les choses, est un bauen au sens d’une telle préservation ». (p. 179)

Nous voilà au terme du propos heideggerien : habiter, c’est bâtir ; et bâtir, c’est à la fois préserver les choses naturelles et construire des choses non-naturelles, par quoi le séjour sur terre peut être ménagé et le Quadriparti préservé. Par où il apparaît au passage que le bâtir fait partie de l’habitation ou que l’habitation précède le bâtir. C’est pourquoi il faut cesser de penser « habiter et bâtir comme deux activités séparées » : [DIAPO] « Bâtir est déjà, de lui-même, habiter » (p. 171) « Nous n’habitons pas parce que nous avons “bâti”, mais nous bâtissons et avons bâti pour autant que nous habitons » (p. 175). Bâtir, c’est déjà habiter, dans la mesure où c’est préserver l’habitation qui est déjà là.

Dès lors, bâtir c’est « édifier des choses » (p. 180). Mais qu’est-ce qu’une chose construite ? L’exemple du pont. Le pont réalise les 4 exigences du Quadriparti :

« Le pont rassemble autour du fleuve la terre comme région » (p. 180)
« Là même où le pont couvre le fleuve, il tient son courant tourné vers le ciel, en ce qu’il le reçoit pour quelques instants sous son porche, puis l’en délivre à nouveau »
« Le pont laisse au fleuve son cours et en même temps il accorde aux mortels un chemin, afin qu’à pied ou en voiture, ils aillent de pays en pays » (que ce soit le pont qui relie le quartier du château à la place de la cathédrale, le pont sur le fleuve devant le chef-lieu, le vieux pont de pierre au-dessus du petit cours d’eau…)
« il est l’élan qui donne un passage vers la présence des divins : que cette présence soit spécialement prise en considération et visiblement remerciée comme dans la figure du saint protecteur du pont, ou qu’elle demeure méconnaissable, ou qu’elle soit même repoussée et écartée »
« Le pont, à sa manière, rassemble auprès de lui la terre et le ciel, les divins et les mortels » (p. 181)

Le pont fait donc partie de ces choses construites, de ces choses édifiées, qui accomplissent le ménagement du Quadriparti, qui permettent de ménager le séjour sur terre, en tant que séjour des mortels entre le ciel et la terre. En tant que tel, le pont n’est pas un simple pont. Il est une chose, mais une chose d’une espèce particulière : une chose qui a la capacité d’offrir au Quadriparti une place, c’est-à-dire de lui assigner un emplacement et par conséquent de le mettre en « espace ». Cela est possible parce que le pont fait advenir un lieu : « Le lieu n’existe pas avant le pont » (p. 182). Beaucoup d’endroits, le long du fleuve, peuvent être occupés par une chose ou une autre. Si l’un de ces endroits peut devenir un lieu, c’est grâce au pont qui introduit le Quadriparti, c’est-à-dire qui installe un séjour pour les mortels entre le ciel et la terre : « Ainsi ce n’est pas le pont qui d’abord prend place en un lieu pour s’y tenir, mais c’est seulement à partir du pont lui-même que naît un lieu » (p. 183). Un lieu est donc une chose qui permet de donner un emplacement au Quadriparti. Un lieu est une chose qui « met en place un espace, dans lequel sont admis la terre et le ciel, les divins et les mortels » (p. 184). Bref, un lieu est un emplacement qui offre un espace pour exister en tant qu’homme.

« Il s’ensuit que les espaces reçoivent leur être des lieux et non de « l’ » espace » (p. 183)

Ce sont les lieux qui font les espaces, définis précisément comme des emplacements qui ménagent le Quadriparti, qui ménagent le séjour des mortels entre le ciel et la terre. Ce sont les lieux qui aménagent des « espaces ». Un lieu est un emplacement qui ménage un espace.

« Les choses qui en tant que lieux « ménagent » une place, nous les appelons maintenant par anticipation des bâtiments » (p. 184)

Mais qu’est-ce exactement qu’un bâtiment ainsi entendu ? Pour cela, il faut tenter de comprendre « la relation qui unit l’homme et l’espace » (p. 186).

L’espace installé par le pont renferme une variété de places ou emplacements plus ou moins proches les uns des autres. Entre eux, subsiste une distance, un intervalle, qu’on appelle « l’espace » de manière générale, au sens de spatium. Et à l’intérieur de cet espace comme intervalle, se trouve l’espace comme extension calculable en trois dimensions, au sens de extensio (étendue). On peut donc mesurer au sein des espaces des quantités d’espace, des distances, des trajets, des directions… Mais ces mesures n’ont rien à voir avec « le fondement de l’être des espaces ». Autrement dit l’espace abstrait et générique de la physique, comme espace calculable et mesurable, n’a rien à voir avec « les espaces que nous parcourons journellement » et qui sont « ménagés par des lieux ». Il faut donc distinguer « entre le lieu et les espaces » mais aussi entre « les espaces et l’espace ».

« L’espace n’est pas pour l’homme un vis-à-vis. Il n’est ni un objet extérieur ni une expérience intérieure. Il n’y a pas les hommes, et en plus de l’espace ; car si je dis “un homme” et que par ce mot je pense un être qui ait manière humaine, c’est-à-dire qui habite, alors, en disant “un homme”, je désigne déjà le séjour dans le Quadriparti auprès des choses. » (p. 186)

Ce qui signifie que l’homme est, par essence, un être spatial, un être d’espace, dans la mesure où sa condition ontologique même est une condition habitante. C’est pourquoi cela n’a aucun sens de parler de l’homme et de l’espace comme de deux choses séparées. L’homme est un être spatialisé, il est par essence un-être-dans-l’espace au sens où c’est un être-qui-séjourne. L’homme est en tant qu’il se tient dans l’espace.

« Les mortels sont, cela veut dire : habitant, ils se tiennent d’un bout à l’autre des espaces, du fait qu’ils séjournent parmi les choses et les lieux » (p. 187). « La relation de l’homme et de l’espace n’est rien d’autre que l’habitation pensée dans son être » (p. 188)

Maintenant peut donc s’éclairer « l’être des choses qui sont des lieux et que nous appelons des bâtiments » (p. 188), comme le pont. « Le lieu donne une place au Quadriparti en un double sens. Il l’admet et il l’installe. […] En tant qu’il est la double mise en place, le lieu est une garde du Quadriparti ou, comme le dit le même mot, une demeure pour lui. » Un lieu est ce qui veille sur le Quadriparti, c’est-à-dire ce qui veille sur le séjour des hommes sur terre et le préserve. « Les choses qui sont du genre de pareils lieux donnent une demeure au séjour des hommes. Les choses de cette sorte sont des demeures, mais non pas nécessairement des logements au sens étroit. Pro-duire de telles choses, c’est bâtir. » (p. 189)

Par conséquent, construire, c’est créer des lieux qui veillent sur le séjour des hommes sur terre et le préservent, c’est-à-dire « des lieux qui mettent en place des espaces » (p. 189). Un espace est un lieu qui veille sur le séjour des hommes sur terre et le préserve. « Ainsi, puisque bâtir est édifier des lieux, c’est également fonder et assembler des espaces »(p. 189). Dès lors, « le bâtir, puisqu’il produit des choses comme lieux, est plus proche de l’être des espaces et de l’origine de “l”’espace que toute la géométrie et toutes les mathématiques » (p. 189)

Ainsi, bâtir ne peut seulement être « construire des bâtiments et les munir d’installations » (p. 242) : ça, c’est seulement créer des logements. Bâtir, c’est édifier des lieux, c’est-à-dire des espaces qui ménagent le séjour des hommes sur terre. Toute construction qui ne ménage pas le séjour des hommes sur terre, qui ne veille pas sur lui et ne le préserve pas, n’est pas un bâtiment et est contraire à l’être-même de l’homme. Et c’est pourquoi, disions-nous plus haut, on ne peut penser le bâtir et l’habiter comme deux choses séparées. Le bâtir fait partie de l’habiter et reçoit de lui son être. C’est l’habitation, en tant que séjour sur terre des mortels, qui donne au bâtir son sens.

« Bâtir est, dans son être, faire habiter » (p. 191)

Heidegger voit même dans le bâtir ainsi entendu un acte poétique :

« C’est la poésie qui, en tout premier lieu, amène l’habitation de l’homme à son être. La poésie est le “faire habiter” originel » (p. 242). « Le vrai habiter a lieu là où sont des poètes » (p. 243)

Habiter aujourd’hui

Le problème est qu’à notre époque « on n’appréhende plus l’habitation comme étant l’être de l’homme : encore moins l’habitation est-elle jamais pensée comme le trait fondamental de la condition humaine. » (p. 174).

« Qu’en est-il de l’habitation à notre époque qui donne à réfléchir ? Partout on parle, et avec raison, de la crise du logement. On n’en parle pas seulement, on met la main à la tâche. On tente de remédier à la crise en créant de nouveaux logements, en encourageant la construction d’habitations, en organisant l’ensemble de la construction. Si dur et si pénible que soit le manque d’habitations, si sérieux qu’il soit comme entrave et comme menace, la véritable crise de l’habitation ne consiste pas dans le manque de logements. La vraie crise de l’habitation, d’ailleurs, remonte dans le passé plus haut que les guerres mondiales et que les destructions, plus haut que l’accroissement de la population terrestre et que la situation de l’ouvrier d’industrie. La véritable crise de l’habitation réside en ceci que les mortels en sont toujours à chercher l’être de l’habitation et qu’il leur faut d’abord apprendre à habiter. » (p. 193)

Habiter la maison

Les hommes habitent la terre depuis plusieurs dizaines de milliers d’années, mais ils ne construisent des maisons que depuis dix mille ans. En dix mille ans, la maison est devenu l’archétype de l’habitat humain. D’abord, parce qu’elle a longtemps été la seule forme construite capable d’abriter les hommes ; ensuite, parce qu’elle est inscrite dans notre imaginaire de manière extrêmement prégnante plus que toute autre forme construite. Si nous quittons les terres de l’ontologie pour rejoindre celles de la psychologie, et ainsi nous rapprocher des usages plus contemporains de l’habitation, nous découvrons que nous sommes tous façonnés psychiquement par un modèle de maison. Comme le montre le pédopsychiatre Jean-Louis Le Run, dans son article « L’enfant et l’espace de la maison » (2), auquel je me référerai plusieurs fois, on la voit en général comme « la maison bourgeoise avec sa cave, son grenier, son toit pentu et son jardin plein de charme, ses volets comme des paupières, maison idéale, maison rêvée, mais finalement assez éloignée de l’expérience la plus courante ».

En effet, la maison a beaucoup évolué : « De la grotte qui abritait nos ancêtres préhistoriques ou de la simple hutte à la maison d’aujourd’hui, c’est toute une culture de l’habitat qui s’est élaborée avec ses nécessités, ses modes et ses canons, en lien avec l’évolution de la société et de la famille nucléaire. Du Moyen Âge au XVII siècle, la maison est, le plus souvent, aussi le lieu du travail : ferme, boutique, atelier, château, etc., et, à ce titre, elle est largement fréquentée et abrite souvent la maisonnée (maîtres, apprentis, domestiques, plusieurs générations familiales), bien plus large que la famille nucléaire contemporaine ». (Jean-Louis Le Run). Sans distinction entre le public et le privé, la promiscuité est très importante et l’on ne connaît pas la solitude.

Vient ensuite « l’organisation de la maison qui prévaut, aujourd’hui, en occident et qui distingue, de plus en plus, les espaces d’intimité et d’hygiène (chambres, salle de bain, toilettes), les espaces de sociabilité et de réception (salon, salle à manger, cuisine), les espaces de relégation et d’entrepôt (cave, grenier, placards) et les espaces de circulation et de communication (couloirs, escaliers, portes). Le seuil, l’entrée sont le cadre de cette fonction fondamentale qui consiste à laisser entrer et sortir de chez soi. Ils donnent lieu à toutes sortes d’usages, de rituels et de codes selon qu’il s’agit d’une visite de familiers, d’amis, de relations, de visiteurs fonctionnels ou d’importuns. » (Jean-Louis Le Run)

« Ce schéma, déjà classique, évolue avec la société et l’exacerbation de l’individualisme et du célibat, et, combiné à l’étroitesse des logements en ville, amène un retour au décloisonnement sous la forme d’open spaces, de cuisines américaines, de lofts, de cloisons modulables et la recherche d’une évolutivité de l’espace. L’arrivée de l’ordinateur dans une majorité de foyers impose de lui trouver une place, imprévue dans les canons habituels. » (Jean-Louis Le Run)

Même si tout le monde n’a pas grandi ni même connu l’espace d’une maison, la maison est à considérer en fait comme le symbole de l’habitat dans l’imaginaire occidental. Comme le montre l’architecte M.-C. Duriez dans des entretiens menés à la fin des années 1980 avec des enfants sur l’architecture (3) : « faire parler de la maison, c’est aussi faire parler de l’appartement ». En effet, « la description du plan de la maison par les enfants, dans un premier temps, correspond à la transposition du plan de l’appartement dans un volume différent ». Par conséquent, c’est toujours sur le modèle archétypal de la maison que nous reportons nos manières de penser et de rêver l’habitat. Dès lors, il faut se demander : qu’est-ce qu’une maison du point de vue psychique ?

La maison onirique

Selon Jean-Louis Le Run, la maison est l’espace qui a le plus d’influence sur la construction de nos repères spatiaux et affectifs. « La maison est un abri, elle est ce corps enveloppant et protecteur qui vient redoubler, de l’extérieur, l’enveloppe maternelle »,. Du point de vue psychique, en effet, le corps de la mère est le premier abri. Celui qui, avant tout autre, préserve des agressions extérieures. L’espace de la maison est donc au départ pour l’enfant l’extension du corps maternel et, à ce tire, devient l’espace de l’intimité familiale, plus ou moins variable selon les époques et les cultures. C’est pourquoi je prendrai désormais le terme de « maison » au sens du « chez soi », du home anglais, qu’il s’agisse, sur le plan architectural, d’une maison proprement dite ou d’un appartement.

Dès lors, si l’on se réfère maintenant à Bachelard, dans La poétique de l’espace, on observe que nous sommes tous habités par notre « maison natale », par notre « home » originel :

« La maison natale est plus qu’un corps de logis, elle est un corps de songes. »

C’est-à-dire que nous sommes remplis des souvenirs de notre première maison et des premières expériences que nous y avons fait du monde :

Jean-Louis Le Run :

« C’est un terrain d’expériences sensorielles avec des murs, des portes qui s’ouvrent et se ferment, des fenêtres, des cloisons, un plafond, un sol en bois, en pierre ou en moquette, des meubles durs ou mœlleux, profonds ou non, des odeurs et des bruits, des coins chauds ou froids. La maison est peuplée de bruits : tic tac de la pendule, ronron du réfrigérateur, grincements du parquet, claquements de porte, bruit de fond de la télé… et d’odeurs : des plats qui se préparent à la cuisine, du gâteau qui brûle, de l’encaustique autrefois et des parfums chimiques aujourd’hui, du chien les jours de pluie, des fleurs qui pourrissent dans le vase. »

De même :

« Elle est le premier terrain de jeu : les obstacles, les escaliers, les objets et les meubles sont autant de matériel d’exercices ludiques où s’entraîne la motricité de l’enfant et se construit son schéma corporel. Sauter sur les lits, grimper sur les chaises, dévaler les escaliers, se suspendre à la rampe, grimper sur le rebord des fenêtres, se cacher sous la table ou derrière un fauteuil, dans un placard, faire tomber une armoire, autant d’expériences qu’autorise la maison et que défendent les parents ! » (Jean-Louis Le Run)

Pour Bachelard, c’est surtout un lieu de rêverie :

« La maison natale est plus qu’un corps de logis, elle est un corps de songes. Chacun de ses réduits fut un gîte de rêverie. Et le gîte a souvent particularisé la rêverie. Nous y avons pris des habitudes de rêverie particulière. La maison, la chambre, le grenier où l’on a été seul, donnent les cadres d’une rêverie interminable, d’une rêverie que la poésie pourrait seule, par une oeuvre, achever, accomplir. Si l’on donne à toutes ces retraites leur fonction qui fut d’abriter des songes, on peut dire, comme je l’indiquais dans un livre antérieur [La terre et les rêveries du repos, p. 98.], qu’il existe pour chacun de nous une maison onirique, une maison du souvenir-songe, perdue dans l’ombre d’un au-delà du passé vrai. »

Ainsi, dans la maison natale, nous avons appris à rêver à et à habiter d’une certaine manière. Et cette manière d’habiter, à travers nos rêveries, ne nous quitte jamais. C’est pourquoi il y a en nous une sorte de maison onirique, un fantasme de maison, qui nous accompagne et que nous transportons dans nos autres habitats, au fil des âges de la vie : Michel de Certeau note la même chose dans L’invention du quotidien : « Nos habitats successifs ne disparaissent jamais totalement, nous les quittons sans les quitter, car ils habitent à leur tour, invisibles et présents, dans nos mémoires et nos rêves » (vol. 2, p. 210).

Mais Bachelard montre que cela va au-delà de la seule rêverie. Notre corps lui-même est porteur de nos habitudes d’habiter notre maison natale : « la maison natale est physiquement inscrite en nous. Elle est un groupe d’habitudes organiques. À vingt ans d’intervalle, malgré tous les escaliers anonymes, nous retrouverions les réflexes du « premier escalier », nous ne buterions pas sur telle marche un peu haute. Tout l’être de la maison se déploierait, fidèle à notre être. Nous pousserions la porte qui grince du même geste, nous irions sans lumière dans le lointain grenier. La moindre des clenchettes est restée en nos mains. »

Dès lors, nous transportons avec nous dans toutes non seulement nos rêveries mais nos habitudes corporelles, celles que nous avons apprises dans notre maison natale. Avant même d’emménager dans un appartement, nous introduisons en lui une foule de pratiques qui sont indépendantes de lui :

« Les maisons successives où nous avons habité plus tard ont sans doute banalisé nos gestes. Mais nous sommes très surpris si nous rentrons dans la vieille maison, après des décades d’odyssée, que les gestes les plus fins, les gestes premiers soient soudain vivants, toujours parfaits. En somme, la maison natale a inscrit en nous la hiérarchie des diverses fonctions d’habiter. Nous sommes le diagramme des fonctions d’habiter cette maison-là et toutes les autres maisons ne sont que des variations d’un thème fondamental. »

De ce point de vue, la maison apparaît non pas comme une « machine à habiter », comme le dit Le Corbusier, mais plutôt comme une machine à apprendre à habiter. Dans la maison natale, nous avons appris une manière de séjourner sur terre, d’être dans le Quadriparti, en incorporant des habitudes d’habitation. Peut-être alors que nous recherchons dans nos logements d’adulte à recréer le même séjour sur terre que celui dans lequel nous avons avons grandi.

De ce parcours, il ressort en tout cas que l’habitat n’est pas seulement un logement : c’est un lieu dans lequel il est fait une place à l’homme en tant qu’être mortel séjournant entre la terre et le ciel et en tant qu’être qui rêve. En cela, Heidegger a raison de dire, en reprenant le vers de Hölderlin, que « l’homme habite en poète ».

Notes

1. Les deux conférences ont été recueillies et publiées en 1954, avec d’autres textes de Heidegger, dansEssais et conférences, ouvrage traduit en français aux éditions Gallimard en 1958 dans la collection « Les Essais » (et repris dans la collection « TEL » en 1980, à laquelle je me réfère ici)
2. J.-L. Le Run, « L’enfant et l’espace de la maison », in Enfance et psy, éd. Érès, n°33, 2006/4
3. M.-C. Duriez, « L’enfant et l’architecture », in L’enfant et sa maison, éd. ESF, 1988.