En vous diminuant, vous, je me diminue, moi

En vous diminuant, vous, je me diminue, moi

« En vous diminuant, vous, je me diminue, moi »

 

de Desmond Tutu, archevêque anglican sud-africain, prix nobel de la paix 1984

 

 

Dans ma culture, ma tradition, « Yu, u nobuntu » est le plus beau compliment qu’on puisse faire à son prochain. En effet, on admet ainsi qu’il possède la merveilleuse qualité de l’ubuntu. Il s’agit d’une référence à sa conduite envers ses frères humains, à la manière dont il les considère et dont il se voit, lui, dans les relations personnelles, familiales, mais également au sein de la communauté élargie. […]

 

Le concept se définit suivant deux axes distincts. D’après le premier, faire preuve d’ubuntu signifie se montrer amical, hospitalier, généreux, attentif à autrui et compatissant. En d’autres termes, mettre sa force au service de son prochain – du faible, du miséreux, du malade – sans profiter de personne. Le traiter comme on voudrait être traité. Ce qui revient à exprimer le deuxième volet du concept, lequel implique l’ouverture, la magnanimité, le partage. Celui qui reconnaît l’humanité d’autrui : et elle se mêle inextricablement à la sienne.

 

L’ubuntu rend les gens faciles à aborder, accueillants, bienveillants ; les qualités de leur prochain ne leur inspirent aucune jalousie, parce que la conscience d’appartenir à un tout plus vaste sert de fondation au sentiment de leur propre valeur et à leur estime d’eux-mêmes. L’ubuntu revisiterait la proposition de Descartes – « je pense, donc je suis » – en disant : « je suis humain, car j’appartiens. » ou encore : « on est être humain à travers d’autres êtres humains. » Nul ne vient au monde achevé. Nul ne saurait penser, marcher, parler, se conduire s’il ne l’avait appris de ses frères. Chacun a besoin d’eux pour acquérir son humanité. L’être humain solitaire, totalement isolé, est en lui-même une contradiction.

 

Parce que nous avons besoin les uns des autres, nous avons un penchant naturel à l’entraide et à la coopération. Dans le cas contraire, notre espèce se serait éteinte depuis longtemps, consumée par la violence et la haine que nous portons en nous. Il n’en a rien été. Nous avons survécu, malgré le mal et les guerres, qui ont suscité tant de souffrances et de misère au fil des siècles. Nous avons survécu, parce que nous aspirons à l’harmonie et à la communauté, celle des vivants bien sûr, mais unie dans le respect de nos ancêtres. Ils constituent avec la passé un lien qui nous donne un sentiment de continuité – l’impression que nous avons créées, que nous créons, des sociétés visant au plus grand bien, que nous essayons et parvenons à surmonter ce qui pervertit notre but. Nos guerres s’achèvent : nous espérons la guérison. […]

 

Nous ne pouvons être humains qu’ensemble. Nous ne pouvons être libres qu’ensemble.

 

« En vous diminuant, vous, je me diminue, moi »

de Desmond Tutu, archevêque anglican sud-africain, prix nobel de la paix 1984

Dans ma culture, ma tradition, « Yu, u nobuntu » est le plus beau compliment qu’on puisse faire à

son prochain. En effet, on admet ainsi qu’il possède la merveilleuse qualité de l’ubuntu. Il s’agit d’une

référence à sa conduite envers ses frères humains, à la manière dont il les considère et dont il se voit,

lui, dans les relations personnelles, familiales, mais également au sein de la communauté élargie. […]

Le concept se définit suivant deux axes distincts. D’après le premier, faire preuve d’ubuntu signifie se

montrer amical, hospitalier, généreux, attentif à autrui et compatissant. En d’autres termes, mettre

sa force au service de son prochain – du faible, du miséreux, du malade – sans profiter de personne.

Le traiter comme on voudrait être traité. Ce qui revient à exprimer le deuxième volet du concept,

lequel implique l’ouverture, la magnanimité, le partage. Celui qui reconnaît l’humanité d’autrui : et

elle se mêle inextricablement à la sienne.

L’ubuntu rend les gens faciles à aborder, accueillants, bienveillants ; les qualités de leur prochain

ne leur inspirent aucune jalousie, parce que la conscience d’appartenir à un tout plus vaste sert de

fondation au sentiment de leur propre valeur et à leur estime d’eux-mêmes. L’ubuntu revisiterait la

proposition de Descartes – « je pense, donc je suis » – en disant : « je suis humain, car j’appartiens. »

ou encore : « on est être humain à travers d’autres êtres humains. » Nul ne vient au monde achevé.

Nul ne saurait penser, marcher, parler, se conduire s’il ne l’avait appris de ses frères. Chacun a besoin

d’eux pour acquérir son humanité. L’être humain solitaire, totalement isolé, est en lui-même une

contradiction.

Parce que nous avons besoin les uns des autres, nous avons un penchant naturel à l’entraide et à la

coopération. Dans le cas contraire, notre espèce se serait éteinte depuis longtemps, consumée par la

violence et la haine que nous portons en nous. Il n’en a rien été. Nous avons survécu, malgré le mal

et les guerres, qui ont suscité tant de souffrances et de misère au fil des siècles. Nous avons survécu,

parce que nous aspirons à l’harmonie et à la communauté, celle des vivants bien sûr, mais unie

dans le respect de nos ancêtres. Ils constituent avec la passé un lien qui nous donne un sentiment

de continuité – l’impression que nous avons créées, que nous créons, des sociétés visant au plus

grand bien, que nous essayons et parvenons à surmonter ce qui pervertit notre but. Nos guerres

s’achèvent : nous espérons la guérison. […]

Nous ne pouvons être humains qu’ensemble. Nous ne pouvons être libres qu’ensemble.

About the author

Grégoire administrator